• Bonne année à vous qui me lisez ! J’espère que vous avez passé une bonne journée au chaud vu les températures et que vous avez plein de souhaits et d’envies pour les mois à venir. Alors, que penser de 2025 ? Une année qui m’a paru longuissime. Sans fin, tout…

    Coeur blanc pixel art

    Bonne année à vous qui me lisez ! J’espère que vous avez passé une bonne journée au chaud vu les températures et que vous avez plein de souhaits et d’envies pour les mois à venir.

    Alors, que penser de 2025 ? Une année qui m’a paru longuissime. Sans fin, tout comme 2024. Et si on commençait par un petit récapitulatif ?

    On peut dire qu’il se sera passé énormément de choses ces dernières années. Reconversion réussie, diagnostic TSA, plusieurs déménagements dans des villes éloignées (au total, j’ai habité à cinq endroits différents), premier voyage hors d’Europe (j’en parle plus bas) et donc en avion, adopter malgré moi deux chats adorables (la personne qui te les amène pour les vacances et ne revient jamais, si si… Les pauvres), une vie de couple qui se passe bien alors que le couple ne m’a jamais spécialement attirée, des nouvelles publiées, des rencontres et des projets, bref beaucoup de positif.

    Un jour, je prendrai le temps d’écrire sur la démarche diagnostique.

    En attendant, voici un bilan de 2025 :

    • Un super anniversaire. J’ai été beaucoup trop gâtée, woah ! Si vous y étiez et me lisez : je vous aime, je ne vous mérite pas.
    • Un voyage au Japon ! C’était mieux que ce à quoi je m’attendais et cela mériterait son propre article mais j’ai la fâcheuse habitude de ne pas prendre assez de photos. Un rêve de longue date de réalisé, un !
    • Beaucoup de nouvelles amitiés, dont parmi des personnes que je côtoyais sans les connaître davantage. Pour les autres, c’est la preuve qu’il est tout à fait possible de se faire de nouveaux et nouvelles potes après 25 ans.
    • Qui dit rencontres dit sorties ! Des périodes assez chargées socialement et découvertes d’endroits sympas.
    • Professionnellement, j’ai atteint un poste clé qui m’aurait semblé inaccessible il y a quelques années. Je n’aurais jamais pensé pouvoir arriver jusqu’ici. Formations et conventions incroyables.
    • La reprise du sport à fond à raison de 6h par semaine. Une belle prise de muscles accompagnée d’une perte de poids. 2026 sera-t-elle l’année de la compétition ?
    • Le lancement d’un compte Instagram d’écriture sous un autre pseudonyme que je garde secret pour le moment. C’est de la forme courte et de la poésie. Grosse surprise : il marche bien.
    • Un projet de roman qui reçoit pour le moment des retours positifs.
    • Le retour dans la vie associative, mais pas trop j’espère. Évitons le burn out.
    • Reprise de la peinture !

    On pourra dire que cette année fut une réussite. Au vu de tout ça, qu’est-ce que je me souhaite pour 2026 ?

    • Continuer à apprendre. J’ai à nouveau obtenu la formation que je voulais. J’ai hâte !
    • Continuer le sport et tenter la compétition.
    • Soumettre le roman à deux maisons d’édition (elles sont ciblées).
    • Plus d’activités manuelles comme la broderie ou la peinture. Réaliser une série de peinture à partir de celle qui a plu et qu’on voulait m’acheter.
    • Lever le pied sur l’associatif.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +










+
  • J’ai écrit une nouvelle en plein déplacement et en plein rush. Un peu plus de 50 000 sec (signes espaces comprises). Je ne savais pas trop où cela allait me mener, juste que ça parlerait d’aiguilles (�? broder et pour tatouer), de sorcellerie, et que j’allais expérimenter un style différent…

    J’ai écrit une nouvelle en plein déplacement et en plein rush. Un peu plus de 50 000 sec (signes espaces comprises). Je ne savais pas trop où cela allait me mener, juste que ça parlerait d’aiguilles (�? broder et pour tatouer), de sorcellerie, et que j’allais expérimenter un style différent pour donner une ambiance de conte (cruel).

    Non seulement cela m’a permis de respirer dans cette période chargée, mais le résultat me plaît tant que je travaille pour en faire une novella. Cela faisait longtemps qu’un projet ne m’avait pas autant bottée et je réalise qu’écrire, alors que je n’en ai au premier abord pas le temps, dans des moments de pression me fait gagner en énergie.

    Mettre mes fichiers dans un Drive et acheter un filtre de confidentialité pour téléphone portable sont deux excellents choix qui font que j’écris dans les transports et que, mine de rien 1000 sec par jour, ça fait que ça avance.

    En attendant, plutôt que de moisir sur mon disque dur, voici le début de la nouvelle. J’espère que vous prendrait autant de plaisir �? la lire que j’ai eu �? l’écrire.


    La nuit est tombée sur le monde tel un linceul. Plusieurs heures déj�? que les nuages gorgés de feu se sont noyés dans le ciel d’encre. La lune joue �? cache‑cache derrière leurs panaches effilochés, se dérobe un temps �? la vue des rares impudents qui osent s’aventurer dans le froid et l’obscurité, puis se montre dans toute sa splendeur. Les rayons lunaires saupoudrent d’argent la muraille dentelée de la forêt, les pavés et les tuiles du village qui a poussé sur cette contrée reculée et sauvage, la pointe du clocher qui émerge parmi les toits, battue par les tempêtes, succombant �? la rouille. En contrebas, les pontons qui s’élancent sur le lac se parent d’un vernis givré et les filets de pêche tendus entre les abris imitent les toiles d’araignée perlées de rosée.
    Au large, une silhouette effilée fend les eaux sombres, lame déchirant la soie noire. Depuis la berge, on ne distingue qu’une lueur timide. Les éclats vacillants d’une lanterne qui peinent �? s’accrocher aux reliefs d’une barque basse.
    Dans le silence nocturne, les éléments s’improvisent seuls chefs d’orchestre. Le bois des cabanes de pêcheur craquent sous les assauts du vent, l’eau et la roche s’embrassent en chantant, le sable recule vers les terres, ondulant et sifflant comme un serpent. À bord de l’embarcation, les lèvres sont scellées. Les rameurs roulent des épaules avec précaution. Un troisième homme surveille une forme humaine contrainte par une toile épaisse et des cordes sur le plancher vermoulu. Pour combler l’attente, il allume sa pipe. La fumée âcre lui agresse la gorge, il manque de tousser. Pourvu que cela ne traîne pas. Il ne croit plus tellement aux histoires de sorcellerie. Surtout depuis qu’il travaille �? l’usine, un univers concret, rythmé par les machines et le travail �? la chaîne. Surtout depuis qu’il a remarqué l’étincelle cruelle, vorace, qui anime le regard du Père �? chaque procès. Le doute l’envahit de plus en plus souvent, comme la mauvaise herbe qui s’obstine �? repousser dans les champs. Toutefois, l’exprimer reviendrait �? s’attirer la suspicion de l’homme d’église, de ses voisins et, inévitablement, de la communauté entière. Sa brave et bonne épouse ne tardera pas �? donner naissance, il ne peut risquer d’en faire une veuve éplorée, qui plus est avec une bouche supplémentaire �? nourrir en plein cœur de l’hiver. Et il faut admettre que sa besogne est plus facile depuis que le nouveau roi a interdit les bûchers, jugeant cette pratique trop barbare, investi par la mission d’éradiquer les superstitions et de moderniser son pays. À la place, on noie désormais les sorcières en catimini ; Cela le soulagerait presque. Encore maintenant, l’odeur de la chair dévorée par les flammes s’invite dans ses rêves.
    Un instant, �? la vue de la femme recroquevillée �? ses pieds, inerte dans son sac de jute, il éprouve de la pitié et de la honte. Elle a cessé de s’agiter depuis bien longtemps, achevée par des semaines de captivité, refusant de faire de sa détresse leur divertissement. Puis son regard se pose �? nouveau sur le Père qui contemple l’étendue glaciale et mortelle qui les entoure, l’œil implacable et perçant, rapace et vautour. Ne pas devenir sa prochaine proie, voil�? ce qui importe.
    Arrivés �? une distance jugée raisonnable, les hommes alourdissent de pierres les chevilles de la condamnée. Ils s’y prennent �? deux pour la soulever. L’un d’eux frissonne en sentant le pouls battre �? travers le lin, une tête frêle dodeliner contre son torse. Le Père se lève alors, lanterne au poing. Il énumère les crimes dont est coupable la malheureuse. Il sait qu’elle copule avec le démon, qu’elle a maudit le lac sacré qui ne cesse de s’appauvrir, qu’elle est �? l’origine du Mal Pourpre qui a emporté tant de villageois, dont ses parents — pauvres âmes, bénis soient‑ils ! Faut‑il ajouter que les hommes qui osent s’intéresser �? elle disparaissent mystérieusement ? Mais que cette enfant se rassure ! Le démon ne ravira pas son âme ! Non, cela, les siens ne le permettront pas. Dans ce lac nourricier qui a sauvé leur peuple nomade, affamé et errant parmi les plaines un siècle plus tôt, elle sera purifiée et délivrée de ses souffrances.
    Le miroir liquide avale le corps lesté dans un fracas sinistre. Les hommes se penchent sur leurs reflets. Les minutes s’égrènent et la sorcière ne remonte pas. Leur tâche est accomplie, ils peuvent désormais regagner la chaleur de leurs foyers, leurs épouses dociles et leurs bambins.
    Depuis l’autre berge, Orphée s’effondre sans bruit. Elle aimerait hurler �? s’en rompre les cordes vocales, se jeter sur les meurtriers, les ouvrir par le nombril et les donner en pâture aux chiens indomptables qui rôdent près des étables. Son cœur déj�? essoré par l’emprisonnement de son amie, de sa sœur chérie, se recroqueville sur lui‑même au point de la faire suffoquer.
    Line n’est plus. Line est morte. Line aux mains des hommes a péri.
    Orphée demeure ainsi sur la rive �? se vider de toutes les larmes de son corps. Elle pleure tant qu’elle ne se souvient pas être rentrée pour s’écrouler sur son lit de paille. Lorsque le jour caresse ses paupières, les colore de rouge, elle se redresse avec hargne, les prunelles parées de haine, l’âme vengeresse.
    Entre ses côtes, croît désormais un puits avide.

    Orphée et Line. Deux orphelines abandonnées le même matin brumeux d’automne �? l’hospice de la ville voisine, Fort Orage. Pour les prénoms, la bonne sœur n’a pas fait preuve d’imagination. À quoi bon ? Des rejetons de filles de mauvaise vie �? peine plus grandes qu’une miche de pain, une saison qui s’annonce rude et des récoltes qui ne cessent d’être accaparées par l’envahisseur. Les deux nourrissons ne passeront pas l’hiver, elle en met sa main �? couper.
    Contre toute attente et bien gré mal gré, les deux petites survivent. Elles sont même les seules �? atteindre l’âge de raison parmi les enfants recueillis cette saison‑l�?. Tous les dimanches, on leur enfile une robe propre afin qu’elles assistent les sœurs au marché. On parie sur leur silhouette frêle et l’apitoiement des passants pour vendre davantage de liqueurs et de nappes brodées.
    Un beau matin de printemps, un homme entame la discussion. Cela se voit, il n’est pas du coin. Dans un accent des Landes Noires �? couper au couteau, il explique être un fermier et chercher de la main d’œuvre. Les nonnes sont ravies. Les orphelins ont rarement la chance d’être adoptés. En général, ils suivent le destin de leurs parents.
    En quelques heures, l’affaire est réglée car l’homme doit être rentré avant le crépuscule. Les deux filles prennent donc la route avec un inconnu pour une contrée voisine qu’on décrit austère et peuplée d’esprits. Fort heureusement, le destin est clément. L’homme est bon. Lui et sa femme ont perdu leurs quatre fils en l’espace d’un an et sont depuis habités par l’inexplicable croyance qu’une malédiction pèse sur leurs héritiers mâles. Ils sont très pieux, possèdent quelques bêtes et cultivent la terre. Ils considèrent rapidement ces enfants qui étaient censées n’être que de la main d’œuvre bon marché comme la chair de leur chair.
    Les fillettes s’épanouissent dans l’écrin sauvage qui abrite leur nouvelle demeure. Loin des rumeurs de la ville et des soldats étrangers qui la quadrillent, trop jeunes pour s’inquiéter de l’obsession du prêtre pour la sorcellerie et pour remettre en question les conventions dont on les assaille elles et pas les garçons, elles jouissent pleinement de leur nouvel environnement, grimpant aux arbres, observant le vol des rapaces, prenant plaisir �? nourrir lapins et chèvres, jouant dans le ruisseau. Les réprimandes de leur mère lorsqu’elles rentrent les jupes tâchées de boue et des brindilles dans les cheveux ne les arrêtent pas. Pas plus que les histoires de fantômes et de monstres rôdant dans les bois, plus divertissantes qu’autre chose. Pourtant, leurs parents les ont mises en garde avec application. Sans oublier qu’elles ont assisté aux bûchers, ces spectacles d’euphorie collective �? l’odeur terrible, et ont bien assimilé qu’on éliminait des sorcières pour le bien de la communauté. Ces femmes, elles les avaient aperçues de loin. Azénora, Rozenn, et les autres. Des femmes ridées, ménopausées, sans descendance pour les pleurer, sans époux pour les innocenter, qui ne portaient guère d’intérêt �? leurs semblables mais menaient une existence douteusement remplie. Elles devaient haïr le village pour s’en tenir si loin. À cheminer seule, on finit inévitablement par se laisser séduire par les forces obscures. Des récoltes décevantes ? Les sorcières. Un chien disparu dans le sous‑bois ? Les sorcières. Une maladie infantile frappant plusieurs toits ? Les sorcières. Une invasion de mites dans les garde‑manger ? Encore et toujours ces satanées sorcières.
    Malgré tout, les deux enfants meurent d’envie de voir un fantôme pour de vrai. Elles l’imaginent sous les traits d’un garçonnet semblable �? leurs camarades de l’orphelinat. Il flotterait �? quelques centimètres du sol et serait si blême qu’on discernerait les mûres sauvages �? travers ses mollets. Ou alors, elles s’imaginent tomber sur une ronde de sorcières. Ces dernières seraient toutes nues, comme leur racontent les adultes. Cela les fait rire d’avance de voir des fesses de dames, d’autant plus qu’on les oblige �? couvrir poignets et chevilles, et gare �? elles si elles ne se plient pas �? cette règle. Par défi, elles s’aventurent une fois entre les arbres au coucher du soleil, juste avant le souper. Mais les troncs semblent se resserrer, les stridulations des insectes s’essoufflent, le vent cesse de leur chatouiller la nuque. Le ciel a‑t‑il toujours été si rouge ? Gagnées par un malaise insistant, elles rebroussent chemin.
    Chaque vendredi, leur mère les emmène au bord du lac afin d’acheter le poisson du soir. Pendant qu’elle négocie avec les pêcheurs, les deux gamines admirent les étalages d’écailles brillantes puis, une fois lassées, s’amusent �? collecter des galets pour faire des ricochets. L’histoire de ce lac, elles l’ont entendue maintes fois. Chassés de leurs terres après avoir tenté de résister au seigneur local, ceux qu’elles considèrent comme leur nouvelle famille errèrent de nombreuses années dans les forêts lugubres hérissant le nord du pays. Éreintés par la rudesse du climat et la faim, nombre d’entre eux perdirent la tête et disparurent mystérieusement en pleine nuit. Lorsqu’on ne trouvait nulle trace des fuyards, on s’estimait chanceux. Car il arrivait que des cueilleurs s’éloignant trop de la caravane tombent sur un feu de camp éteint. En son centre, des ossements humains perçaient la cendre tels des chicots.
    « C’te contrée est celle des sorcières et des démons » ressasse inévitablement leur mère. « Elles dévorent nos hommes et nos petits. Vous saviez que c’est la graisse de nouveau‑né qui leur permet de s’envoler dans les airs ? D’après le Père, elles la mélangent �? leur sang et en enduisent le manche de leur balai. Si les Landes Noires portent ce nom, c’est bien pour une raison ! »
    Elle n’oublie pas de se signer avant de poursuivre son récit.
    Malgré tout, la foi ne quitta jamais les voyageurs. Même si tout semblait perdu, même si leurs rangs se clairsemaient, ils persévérèrent toujours plus vers le nord, martelant le sol gelé en rythme et scandant des chants d’espoir.
    Puis, un beau jour, le lac.
    Un miracle, une trouée lumineuse dans la ramée impénétrable, une étendue claire et fraîche �? perte de vue. Tous se jetèrent �? genoux pour remercier le ciel et boire goulûment sans prendre la peine de bouillir l’eau. On se hâta de lever les tentes et de laisser les bêtes survivantes se désaltérer. Le soir tombé, les chasseurs s’allongèrent dans les fourrés, �? l’affût du gibier venu s’abreuver. Mais nul chevreuil, nul sanglier, nul rongeur ne daigna se montrer. Après une bonne nuit de sommeil, guère découragés, les chasseurs bandèrent leurs arcs en direction des cimes. Mais malgré les piaillements, les hululements, les croassements qui leur parvenaient, nul volatile ne montra le bout de son bec. À l’aube du troisième matin, ils s’acharnèrent �? assembler pièges et filets pour les trouver vides le lendemain. À court d’idées, ils se séparèrent en petits groupes pour faire le tour du vaste lac mais ne firent que revenir bredouille l’après‑midi suivant. Le septième jour, le Père qui officiait en ce temps vint recueillir de l’eau du lac afin de la bénir. Quelque chose frétilla dans sa bassine : une truite irisée au ventre dodu se débattant avec vigueur.
    Et c’est ainsi que leur peuple persécuté s’installa autour de cet oasis miraculeux, en plein cœur de ces terres maudites que personne ne se risquait �? fouler. Le village s’arrima sur les berges et grignota lentement la forêt. Conifères et arbustes tombèrent un �? un pour laisser pousser maisons et enclos. Ceux que la nouvelle de ce coin de pêche miraculeux attirèrent mais qui n’osèrent braver la funeste muraille sylvestre élurent domicile en contrebas où ils fondèrent Fort Orage.
    « C’est pourquoi, au premier jour de chaque printemps, il est d’usage d’honorer le lac. »
    Tandis qu’Orphée s’impatiente d’assister au prochain rituel de gratitude — elle aime regarder les radeaux miniatures dégoulinants de fruits et de fleurs voguer sur l’eau, Line reste muette. Une fois la table du dîner débarrassée, les deux petites montent au grenier pour jouer aux osselets, se raconter des histoires qui font peur ou se rêver aventurières.
    « Tu sais, je pense qu’ils les ont mangé, chuchote Line.
    — Qui donc ?
    — Les gens qui disparaissaient et puis ils trouvaient un feu avec des os. J’suis sûre que c’est eux qui les ont mangé, pas les sorcières.
    — Tu dis des horreurs. Maman va pas aimer.
    — Elle en saura rien si tu dis rien. »
    Dans la demi pénombre, Line sourit et tend son petit doigt. La flammèche de la bougie danse sur l’émail de ses dents.
    « Juré que tu ne diras rien ? »
    Pour son amie de toujours, sa sœur depuis le premier jour, Orphée n’hésite pas une seconde. C’est vrai qu’il lui arrive d’avoir des idées bizarres, parfois amusantes, d’autres fois inquiétantes. Elle se dédouane en prétendant qu’un ami imaginaire les lui a soufflé. Un ami qui se cache dans la forêt.
    « Juré. »

    À suivre

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +










    +
  • TL;DR : langues menacées d’extinction, IA, chatbot et TENDRESSE. Dans quelques jours paraîtra le quatrième numéro de FLAASH, une revue technique et culturelle d’anticipation. Le thème de cette édition est l’Intelligence Artificielle, un thème qui ne laisse personne indifférent, qui fascine, énerve et inquiète surtout depuis les modèles disponibles et…

    Photo prise du dessus de la nouvelle intitulée Les langues se cachent pour mourrir en pleine page dans la revue Flaash.

    TL;DR : langues menacées d’extinction, IA, chatbot et TENDRESSE.

    Dans quelques jours paraîtra le quatrième numéro de FLAASH, une revue technique et culturelle d’anticipation. Le thème de cette édition est l’Intelligence Artificielle, un thème qui ne laisse personne indifférent, qui fascine, énerve et inquiète surtout depuis les modèles disponibles et utilisables par le grand public tels que ChatGPT, DALL-E ou Midjourney.

    Une fois n’est pas coutume, je publie une nouvelle dans ce numéro. Elle s’intitule « Les langues se cachent pour mourir » et met en scène l’IA au service de la traduction instantanée.

    Numéros 1 à 4 de la revue FLAASH. Les couvertures sont alignées par ordre chronologique inversé.
    Les quatre premiers numéros de FLAASH.

    Le poster détachable du quatrième numéro est réalisé par Guillaume Singelin. J’avais également adoré celui du deuxième réalisé par Mathieu Bablet.

    Pour commander FLAASH, c’est par ici !

    Tout comme dans « La dernière saison« , cette nouvelle traite de l’IA avec l’objectif d’éviter le buzz actuel et en proposant une technologie réaliste et envisageable. La rédaction de FLAASH m’a proposé d’écrire sur l’IA et la traduction, le sujet m’a tout de suite plu, j’ai évidemment accepté.

    Atmosphère

    Pour cette nouvelle, j’avais envie d’une ambiance douce et contemplative.

    Extrait du film Her réalisé par Spike Jonze. Sur une table est posé ce qui ressemble à un petit carnet métallique. Il s'agit de la mini tablette pliable faisant office de smartphone dans le film. Sur la partie liseuse est écrit "Hello, I'm Samantha" soit "Bonjour, je suis Samantha" en français. Le ton de l'image est doux, beige, orange et rouge.
    Her, Spike Jonze, 2013

    Les influences de cette nouvelle sont surtout des ambiances. En l’écrivant, je me suis beaucoup remémoré le film « Her » de Spike Jonze sorti en 2013. Ainsi, un des algorithmes de traduction prend la forme d’un chatbot. La relation qu’il entretient avec un des personnages est pleine de tendresse, bien loin de Skynet (Terminator).
    J’ai aussi repensé au roman « l’Évaporée » de Wendy Delorme et Fanny Chiarello. Dans la première version des « Langues se cachent pour mourir« , la protagoniste se rendait dans une communauté autonome dans la montagne. Finalement, la communauté a été remplacée par une ferme recevant des stagiaires, décor beaucoup plus simple à planter en moins de 15 000 signes.

    Je n’avais pas envie d’écrire quelque chose de sombre et de dystopique surtout qu’en ce moment beaucoup de monde s’emballe sur l’Intelligence Artificielle et ne se focalise que sur les modèles de génération d’images et de texte comme s’ils représentaient à eux-seuls ce qu’est le domaine de l’IA. On peut faire d’autres choses avec les technologies.

    En écrivant, j’ai aussi repensé à « la Servante Écarlate », roman de Margaret Atwood (j’ai lu le livre mais jamais vu la série). En effet, malgré une atmosphère calme, des thèmes plus sombres sont évoqués de manière anodine.

    Langues en danger

    Ces thèmes d’ailleurs, parlons-en.

    Carte du monde sur laquelle sont notées les langues menacées d'extinction à différents niveaux et les langues éteintes.
    Atlas interactif de l’UNESCO des langues en danger dans le monde.

    Avec « Silence« , j’avais découvert l’Atlas des langues en danger de l’UNESCO (la version interactive en ligne est indisponible à l’heure où j’écris ces lignes) et des faits glaçants comme le suivant : une langue disparaît en moyenne toutes les deux semaines. Vous trouverez plus d’infos à ce sujet ici. Si je devais écrire sur l’IA et la traduction, je ne pouvais pas passer à côté de la problématique conservation/disparition des langues vivantes. J’espère avoir traité de manière correcte ce sujet en si peu de mots.

    Sur le thème des langues en danger, Laurène Barbier a écrit une superbe nouvelle, « Aminti« , qui m’a marqué au point d’y repenser souvent. Je vous conseille de vous procurer le recueil de nouvelles dans laquelle elle figure, l’édition est très soignée avec des jeux de transparence grâce à différentes épaisseurs de papier.

    Conclusion

    Cette nouvelle a été très agréable à écrire, très calme. Peut-être parce que je lisais Wendy Delorme, Fanny Chiarello et Myriam Wahli dont j’adore le travail poétique et très fort (que j’ai découvert au hasard de recherches internet et dont je me procure les livres grâce à la magie d’internet – vive internet !).

    Encore une fois, je manque de temps mais j’aimerais bien écrire à nouveau dans cet univers. Peut-être que cette fois, la communauté autonome montagnarde y aura sa place.

    En tout cas, je suis reconnaissante envers la rédaction de FLAASH pour leur confiance qui me permet d’expérimenter et de progresser. Merci.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +






    +
  • L’âme de Gaïa, Aglaé TL;DR : intérêt spécifique champignon, encore de l’écologie, une ville souterraine et un projet de roman. Pour la deuxième fois, une de mes nouvelles a été publiée dans la belle revue FLAASH dans un numéro qui met en avant les villes du futur !Ma nouvelle s’intitule…

    Photographie d'un salon plongé dans une pénombre bleutée où brillent des fleurs et des plantes bioluminescentes.

    L’âme de Gaïa, Aglaé

    TL;DR : intérêt spécifique champignon, encore de l’écologie, une ville souterraine et un projet de roman.

    Pour la deuxième fois, une de mes nouvelles a été publiée dans la belle revue FLAASH dans un numéro qui met en avant les villes du futur !
    Ma nouvelle s’intitule « Ex Natura » et vous invite à découvrir une ville située sous terre pour échapper aux canicules et qui repousse l’obscurité grâce à des plantes luminescentes.

    Pour commander FLAASH, c’est par ici !

    Photo prise du dessus de la nouvelle intitulée Ex Natura en pleine page dans la revue Flaash.
    Ex Natura dans FLAASH.

    Intérêts spécifiques

    La canicule et le dérèglement climatique sont des sujets assez récurents dans mes textes, probablement parce qu’ils sont source d’angoisse. Cela faisait un moment que j’avais envie d’écrire une histoire se déroulant dans une ville creusée sous terre afin de se protéger de la chaleur et qui aurait modifié génétiquement des plantes pour s’éclairer.

    Photographie d'un champignon bioluminescent sur une branche d'arbre. Le champignon a une forme de laitue et brille d'une lumière verte claire.
    Panellus stipticus, à Mount Vernon au Wisconsin (source)

    Cette idée n’est pas sortie de nulle part. Tout a commencé par une recherche internet, comme toujours…

    Un jour, je me suis dit qu’il serait pratique d’avoir de petites sources lumineuses la nuit, notamment pour mes enfants mes chats qui, tels les vampires, débordent soudainement d’énergie une fois le soleil couché. Pour qu’ils puissent vivre leurs aventures nocturnes en toute sérénité (les chats ne voient pas si bien dans le noir total surtout en prenant de l’âge), j’ai cherché des lampes et des guirlandes à énergie solaire.

    Photographie d'une guirlande lumineuse dans un bocal en verre. Des plantes dans un bac se détachent dans l'obscurité.
    Photographie d'une cloche de verre sous laquelle des faux champignons lumineux servent de lampe. La cloche est posée sur une table, entourée de plantes.

    Je possède désormais des bocaux remplis de guirlandes lumineuses qui se rechargent en journée à l’énergie solaire. L’idée des lucioles présente dans la nouvelle vient peut-être de là.

    En plus, on m’a offert une cloche de faux champignons lumineux (sans doute offert parce que je répétais à qui voulait l’entendre que j’aimerais des champignons pour illuminer mon appartement la nuit). Si le budget et la flemme de faire les poussières ne me retenaient pas, il y aurait des champignons factices plein le couloir.
    J’ai même songé à acheter un kit pour tenter d’en cultiver mais finalement je ne veux pas prendre le risque qu’ils infestent ma salle de bain mal aérée.

    Photographie de champignons, probablement des pleurotes, poussant entre les lattes d'un parquet gondolé. La pièce est anormalement vide, semblant supposer que les lieux sont inhabités.
    Photographie de champignons massifs, probablement des pleurotes, poussant sur le seuil d'une porte.

    De fil en aiguille, j’ai découvert une start-up, Aglaé, qui conçoit des scènes magiques grâce à des végétaux luminescents. Peut-être les rues seront illuminées ainsi dans le futur ? Les expositions archivées sur leur site internet étant incroyables, j’espère avoir la chance d’en voir une un jour.

    Photographie d'une sculpture d'arbre recouverte de plantes bioluminescentes. La structure brille dans le noir.
    La serre aux papillons enchantée, Aglaé

    Au fil de mes recherches, j’ai même découvert qu’il était possible de fêter le nouvel an dans une grotte !

    Toujours dans la veine champignons, plus récemment, j’ai découvert Sem Nagas grâce à une de ses nouvelles publiée dans Galaxies et lue d’une traite. Son site et son compte Instagram sont plein de ressources et de champignons, c’est un bonheur. Elle a fait un zine intitulé « Mycologie Radicale » il y a plus d’un an que je ne désespère pas de me procurer.

    Projet de roman

    Je suis très heureuse d’avoir pu mettre en mots cet univers que j’aimerais déployer en roman. Je sais ce que je veux raconter (ou crois vouloir raconter, on est toujours surpris à la fin), j’ai un plan mais j’ai d’autres projets à achever avant de pouvoir m’y mettre. Même si je suis impatiente de le commencer, une chose à la fois, sinon c’est un coup à ne rien finir ou à tout faire mal.

    En tout cas, quand je m’y mettrai, l’excuse des recherches et du world-building sera bienvenue pour justifier de cultiver des pleurotes et de fêter le nouvel an dans une grotte.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +






    +
  • TL;DR : Des étiquettes, des caméras, encore de l’écologie, de la géo-ingénierie, de l’IA générative et une fake news. Pour la première fois, un de mes textes sort au format papier ! C’est à la fois satisfaisant d’avoir l’objet en main (le magazine étant de surcroît de bonne qualité), de…

    TL;DR : Des étiquettes, des caméras, encore de l’écologie, de la géo-ingénierie, de l’IA générative et une fake news.

    Pour la première fois, un de mes textes sort au format papier ! C’est à la fois satisfaisant d’avoir l’objet en main (le magazine étant de surcroît de bonne qualité), de le retrouver parmi des articles ou des fictions d’auteurs et autrices connues, et de savoir qu’il touchera sans doute un plus large public que mon travail en ligne.

    Baptême de papier

    Cette nouvelle s’intitule « la Dernière saison » et est parue en décembre 2023 dans FLAASH, une revue technique et culturelle d’anticipation. Au sommaire, on retrouve aussi bien des articles, de la BD, des entretiens d’artistes, que de la recherche, et aussi bien le journaliste Olivier Tesquet que l’écrivaine Ketty Steward.

    Couverture recto-verso à plat du premier numéro de la revue FLAASH. Le thème est la surveillance de masse.

    Le thème de ce premier numéro était la surveillance de masse. Spoiler, ma nouvelle n’aborde pas ce fil conducteur, c’est ce qui était convenu.

    La Dernière saison parle d’écologie, de modèles d’IA de génération de textes et d’images, et de géo-ingénierie.

    Une histoire d’étiquettes

    Cette nouvelle aurait pu tout aussi bien s’appeler « Une histoire d’étiquettes » pour deux raisons.

    Cliquez ici pour les découvrir (⚠️ spoilers).

    En effet, son point de départ est une fake news. Peut-être avez-vous entendu parler de la rumeur virale selon laquelle des ouvrières d’une marque connue de prêt-à-porter auraient inscrit des messages de détresse sur les étiquettes des vêtements qu’elles fabriquaient.

    Bien que l’histoire se soit vraisemblablement avérée être fausse, le manque de transparence de la marque, sa localisation hors UE, me préoccupent et je n’y ai jamais acheté. Mais ceci est un autre débat. Peut-être pour plus tard.

    Voilà pour la première raison.

    La seconde est lié à l’intelligence artificielle, discipline mathématique et scientifique où les statistiques et l’algèbre linéaire par exemple ont beaucoup d’importance, et qui regroupe plusieurs spécialités dont le NLP, « Natural Language Processing« , aussi appelé TAL(N), ou « Traitement Automatique du Langage (Naturel) » en français.
    Le NLP est une branche de l’IA concernant la compréhension, la manipulation et la génération des langages dits naturels (c’est-à-dire parlés par les humains comme le français ou l’anglais, en opposition aux langages formels comme le langage informatique) par des machines. Ainsi, deux composants du NLP sont le NLG, « Natural Language Generation« , et le NLU, « Natural Language Understanding« .
    Parmi les application du NLP, on retrouve la traduction automatique, la génération de texte (qui peut recouvrir l’apparence d’un chat bot comme ChatGPT), l’étude de corpus littéraires, etc.

    Alors, où se trouvent les étiquettes en IA ? Eh bien, tout d’abord dans le NLP avec le POS tagging, ou étiquetage morpho-syntaxique en français. Mais aussi dans la catégorisation de contenu. On parlera alors de tagging d’images ou de data labeling, soit de l’action d’annoter des données pour développer des modèles de machine learning.

    Pour commander la revue, c’est par ici !

    Jeux de caméras

    L’histoire est raconté du point de vue de la protagoniste. Cependant, je tenais à « dé-zoomer », décentrer le regard sur l’urgence écologique à la fin. Je n’en dis pas plus afin de ne pas gâcher la surprise.

    Conclusion

    J’ai beaucoup aimé pouvoir avoir des relectures externes et des allers-retours éditoriaux. Comme en programmation, avoir des regards extérieurs permet de progresser beaucoup plus vite.

    La revue est très bien, presque trop courte pour quelqu’un lisant beaucoup comme moi, et j’apprécie que les articles soient techniques en restant abordables au grand public.
    Rien ne m’énerve plus en ce moment que les discours sur l’IA relevant de la fiction mais prétendant parler de la réalité, par des personnes qui n’ont aucune compétence sur le sujet et souhaitent seulement faire du buzz en faisant peur. C’est assez préoccupant de voir beaucoup de personnes croire que « les IA » seraient des entités conscientes risquant de détruire l’humanité et que les artistes IA ne soient résumés qu’aux prompters, invisibilisant ainsi d’excellents artistes.

    Photographie de Sougwen Chung agenouillée devant une toile posée au sol. En face d'elle, un bras robotique géant de sa conception tient un pinceau et peint en duo avec elle.
    Sougwen Chung peint en duo avec un bras robotique qu’elle a conçu et développé pour apprendre de ses mouvements.

    Cette panique sur « l’IA consciente destructrice de l’humanité » est une perte de temps, un divertissement pour certains qui veulent se faire peur, et une manière de ne pas parler de problèmes plus concrets en IA qui touchent déjà certaines catégories de la population.

    Pour revenir à l’écriture, j’aimerais bien creuser davantage le sujet de la géo-ingénierie dans de futures histoires.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +
  • TL;DR : Reconversion plusieurs années après, aucun regret. Dev, un bon job alimentaire quand on souhaite écrire ? Parallèles entre la programmation et l’écriture. Il y a quelques années, suite à un enchaînements de burn-out, je décidais de quitter mon emploi et de tenter l’aventure de la Piscine de 42.…

    TL;DR : Reconversion plusieurs années après, aucun regret. Dev, un bon job alimentaire quand on souhaite écrire ? Parallèles entre la programmation et l’écriture.

    Il y a quelques années, suite à un enchaînements de burn-out, je décidais de quitter mon emploi et de tenter l’aventure de la Piscine de 42. Ce fut un mois incroyable, même si je ne reviendrai pas dessus.

    La reconversion

    Je ne vais pas mentir, la reconversion est un processus difficile et long. On peut se laisser convaincre par des bootcamps (souvent onéreux) qui promettent un emploi à l’issue de quelques semaines intensives, mais la plupart du temps, la transition n’est pas aussi rapide, encore moins linéaire.

    Si j’avais choisi cette formation, c’est tout d’abord pour :

    • ses frais d’inscription, inexistants (l’école est totalement gratuite),
    • le manque de prérequis sur les diplômes (je n’ai pas de bac S),
    • les horaires à la carte permettant de travailler à côté, puisqu’il faut bien payer le loyer, et de surcroît assez appréciables pour les neuro-atypiques,
    • et le focus sur la pratique.

    Bien sûr, l’absence de profs et de théorie qui font la spécificité du format peuvent se révéler infructueux pour ceux qui auraient besoin d’un encadrement et d’un suivi plus stricts. Dans ce cas, je conseillerais de bien se renseigner et de se tourner vers une formation plus adaptée. Cette école, comme toute école que ce soit la fac ou les cursus ingénieurs, marchera mieux pour certains que d’autres. Si 42 ne convient pas, il ne faut pas se forcer et ne surtout pas rester à tout prix, notamment en trichant ou en cédant à la facilité du copié-collé. Cela ne résultera qu’en une perte de temps.
    En tout cas, pour ce qui est des reconversions, l’école fait, de mon point de vue (partagé par des amies de mon âge et dans la même situation), très bien le travail. À savoir garantir, en deux ans environ, un socle de compétences nécessaires pour l’obtention d’un emploi, tout en permettant d’avoir un job étudiant à côté.
    (Bien évidemment que la théorie manque et que les cursus ingénieurs offrent un contenu beaucoup plus pointu en sciences. Si j’avais connu ces écoles à la sortie du lycée, j’aurais tenté. J’ai découvert l’existence de Polytechnique à 25 ans. Ne pas connaître, c’est déjà une porte de fermée.)

    En conclusion, aucun regret. Je suis passé d’horaires infernaux, de burn-out à répétition, d’une paie misérable, sous prétexte que c’était un travail « de passionné », à un emploi stable, très bien rémunéré, et de 35h/semaine.
    C’est également un job qui me passionne sans qu’il n’empiète sur ma vie pour autant.
    Cependant, je ne pense pas qu’il faille être passionné pour être dev. C’est un discours faussement élitiste qui me semble être celui de privilégiés (et qui est parfois utilisé pour cibler les femmes car elles ne seraient, selon certains, pas assez intéressées par l’informatique). La plupart des gens ne sont pas passionnés par le métier qu’ils exercent et on peut être très compétent sans passion. Lorsqu’on se reconvertit, c’est souvent pour quitter un métier difficile et/ou mal rémunéré. Alors autant devenir dev avec la garantie d’un bon salaire (en tout cas en dev web, car c’est en moyenne moins en game dev) et d’avoir le cul posé sur une chaise toute la journée.

    Écrire du code

    Durant mon processus de reconversion, j’ai souvent entendu des arguments du style « le langage informatique est un langage et donc c’est comme une langue vivante », souvent assortis de « les maths ne servent à rien », afin d’attirer les profils littéraires. Je les trouve assez faux. La façon de penser mathématique donne un gros avantage (découvrir les concepts de fonctions, de variables et d’instances, m’a personnellement beaucoup aidé).
    Ce mythe, j’aurais préféré qu’on ne me le serve pas durant ma reconversion, car c’était vraiment fait dans le but de me convaincre « en tant que femme » alors que, convaincue, je l’étais déjà (j’avais hésité à faire de l’info après le bac mais ce n’était pas conseillé si pas issu de la filière scientifique). Du coup, ce qui suit va être paradoxal.

    J’ai trouvé des similarités entre écrire, activité littéraire et langagière donc, et développer. Elles se situent surtout au niveau du procédé.
    Premièrement, il faut savoir clairement exposer sa pensée et être capable de la traduire par écrit. Visualiser l’exécution d’un programme et la concrétiser s’apparente (dans ma tête) à la conception d’un récit. J’ai en tout cas l’impression de gérer mentalement les deux de manière identique, à savoir les visualiser en 3D et s’y déplacer.
    Ensuite, les différentes étapes de conception d’un programme sont assez similaires à mon procédé d’écriture :

    • La phase de recherches : Se documenter sur le futur programme suite à un cahier des charges / Le world-building
    • Clarification des idées et brouillon d’architecture : Pseudo-code / Structure, timeline, fiches persos…
    • Première version d’un code qui marche / Premier jet
    • Beaucoup d’itérations : Refacto / Réécriture
    • Produit final (même si on pourrait refacto et réécrire sans fin)

    (Bon, grosse différence, on sait quel est l’objectif du programme avant de le commencer. Ou alors le manager ou le client le sait. Alors que quand on raconte une histoire, parvenir à savoir ce qu’on veut dire, comment le dire, est un objectif parfois laborieux.)

    Cela va sans dire que chacun développe et écrit à sa manière. Ce ressenti est personnel.

    Un job idéal

    Par conséquent, c’est le métier parfait pour moi. Il m’aide à écrire. Depuis que j’arrive à concevoir de plus gros programmes, j’arrive à concevoir de plus longues histoires. J’ai beaucoup plus de temps pour pratiquer. J’ai gagné mes premiers concours (et bientôt une première publication).
    Surprise, quand on a du temps, un travail agréable et de l’argent, donc plus de confort, une meilleure santé physique comme morale, eh bien on écrit plus et mieux.

    L’enjeu du temps me fait penser à tous ces livres n’ayant jamais vu le jour à cause de la charge mentale, alors je me permets de lier :

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +










    +
  • TL;DR : Ce qui est une dystopie pour les uns est la réalité pour les autres. Suite à ma découverte de Twine et de la fiction interactive, je décide de continuer sur cette voie et commence une nouvelle fiction interactive, mais qui reste jusqu’à aujourd’hui en suspens. Ne parvenant pas…

    Un formulaire au ton autoritaire qui pousse à la délation.

    TL;DR : Ce qui est une dystopie pour les uns est la réalité pour les autres.

    Suite à ma découverte de Twine et de la fiction interactive, je décide de continuer sur cette voie et commence une nouvelle fiction interactive, mais qui reste jusqu’à aujourd’hui en suspens. Ne parvenant pas à la finir, c’est un autre projet qui s’impose à sa place. En parcourant le site Textes à la pelle, je trouve un appel qui figure dans la catégorie « numérique ». Un seul. Il s’agit du Concours de la nouvelle plurilingue organisé par l’Inalco et les éditions Tangentielles.

    Couverture de silence. Le fond de l'image est bleu vibrant pour faire référence au drapeau ouïghour. Le titre, "silence", est écrit deux fois. La première en français en bleu clair. La seconde fois en ouïghour en blanc avant de ressortir plus sur l'image.
    👁️ Découvrir l’œuvre

    Le(s) message(s) de l’œuvre

    À lire : L’ouïghour : d’une lingua franca à une langue en danger

    À la lecture du thème, « Langues en danger« , l’idée est venue immédiatemment de choisir l’ouïghour pour parler de faits qu’on pourrait croire dystopiques mais pourtant bien réels.

    Spoiler : La fin inclut des articles réels de journaux sur le sujet car on parle bien de faits réels.

    Capture d'écran d'un compte Mastodon disant : "Dystopia is a white people word that means what if all that shit happened to us?!"
    Cette énergie

    Mécaniques

    La deadline était serrée. J’ai passé un jour sur l’écriture et un jour sur le développement informatique. Heureusement, après avoir été sélectionnée, il m’a été accordé, demandé même, de retoucher l’œuvre.

    Il s’agit de ma deuxième fiction interactive et elle inclut du son, alors que partie n’en avait pas. Il y a aussi deux timelines de narration, une plus grande quantité de texte, et un design plus complexe.

    Formulaire épuré de couleur grise et au ton formel. Le joueur ou la joueuse doit renseigner son nom, son prénom, son genre (M, H ou NB) et son désir ou non d'enfants. On peut déjà déceler un ton intrusif dans la dernière question.
    Un formulaire en apparence anodin mais dont la dernière question présage déjà un ton intrusif. La réponse sera utilisée plus tard au détriment du joueur ou de la joueuse.
    Un formulaire au ton autoritaire qui pousse à la délation.
    Un formulaire au ton déjà plus autoritaire. Essayez de cocher « Non » pour voir.
    Peu à peu, certains mots disparaissent, tandis que d’autres sont remplacés par des termes aseptisés. Certains paragraphes sont également censurés.

    Côté code couleur, le bleu du drapeau est omniprésent. Mais il y a également une palette de gris, un peu de violet et de rouge.

    Conclusion

    La fiction peut aider à parler de sujets sur lesquels pas grand monde ne se serait penché. En effet, après sa journée de travail, il est compréhensible de vouloir se détendre avec une fiction plutôt qu’un documentaire.

    Il est possible de soutenir l’Institut Ouïghour d’Europe par des dons.

    Dans les fictions interactives documentaires qui tirent parti du format ludique, voici deux exemples :

    • Anna 1971, création suisse sur la lutte pour le suffrage féminin
    • L’infiltré de PhoneStories qui a été proposé en temps réel afin de rebondir sur l’actualité lors de la campagne présidentielle française, du 10 avril 2017 au 7 mai 2017, et qui a conduit à un témoignage sur Mediapart (fil ici si vous avez Twitter).

    Silence résumé en une phrase :

    « Ce qui est une dystopie pour les uns, est parfois la réalité des autres. »

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *







  • TL;DR : Quand la dépression mène à la découverte de la fiction interactive. Se lit « partie »👁️ Découvrir l’œuvre Début de l’année 2021, nous sommes en plein troisième confinement. À cette période, je suis très fatiguée et je galère dans ma reconversion. J’ai l’impression que ce choix était une erreur, et…

    TL;DR : Quand la dépression mène à la découverte de la fiction interactive.

    Couverture de partie. Le titre, "partie", est écrit noir sur fond blanc. La police d'écriture utilisée est carrée pour faire penser à celle des machines à écrire. La lettre "i" de partie est remplacée par un point-virgule pour faire allusion au projet semicolon (qui signifie point-virgule en anglais).
    Se lit « partie »
    👁️ Découvrir l’œuvre

    Début de l’année 2021, nous sommes en plein troisième confinement. À cette période, je suis très fatiguée et je galère dans ma reconversion. J’ai l’impression que ce choix était une erreur, et que je ne trouverai jamais de travail en sécurité comme je le voulais en entamant ce projet de vie. Par hasard, je tombe sur une streameuse qui présente un Twine parlant d’endométriose (pour certaines raisons, je ne peux plus le partager sans accord). Le format me fascine tout de suite, à tel point que je télécharge immédiatemment l’outil pour le tester.

    Bienvenue dans un nouveau monde

    Cette simple découverte m’ouvre le monde de la fiction interactive (abrégée FI) et je me perds sur itch.io dans la foulée, que je ne connaissais pas avant. Ça me redonne envie de jouer, activité que j’avais totalement abandonnée par manque de temps dû aux études. Je rejoint le Discord de la communauté Fiction interactive fr, que je recommande fortement d’ailleurs si la FI vous intéresse.

    Sur itch.io, je tombe sur l’excellent travail de litrouke, en particulier Please Answer Carefully qui me démontre qu’on peut détourner le format de l’écran pour faire un « effet trompe l’œil » (J’y reviendrai un jour dans un article, mais en bref, sa FI n’a pas une apparence de jeu vidéo, on croirait vraiment avoir ouvert ce formulaire dans un nouvel onglet. Je trouve ça très immersif.). Cette œuvre m’a beaucoup inspirée et a été influente dans la manière d’aborder le design de mes propres Twine. Vraiment, jouez-y ! Cela ne vous prendra que 5 minutes.
    De FI en FI, j’arrive sur la page de Depression Quest (vous en avez peut-être entendu parler lors du Gamer Gate). À l’heure actuelle, je n’y ai toujours pas joué. À l’époque, il n’était plus disponible mais, alors que j’écris ce billet, je vois qu’il est de nouveau téléchargeable ! *Ajouté sur ma TODO.*
    Le jeu, le titre et l’esthétique m’interpellent, alors je cherche des visuels sur internet faute de pouvoir y jouer. Le style monochrome va profondément inspirer le visuel de partie car je trouve qu’il traduit très bien la brume dans lequel mon cerveau baigne en permanence.

    Page d'accueil du jeu Depression Quest. Le fond de l'image est gris clair avec une texture neigeuse ou embrumée. En plus du titre et du sous-titre ("an interactive (non)fiction about living with depression"), il y a trois grands clichés de polaroïd mais sans images, juste un carré noir à la place.

    Vu que j’ai du mal à communiquer sur ce qui se passe dans ma tête, je décide de mettre des mots sur l’état dans lequel je me trouve en créant ma première fiction interactive. Cela me prendra une semaine et je la rendrai disponible fin avril sur itch.io non sans difficultés car je me rappelle avoir trouvé cela terriblement honteux alors.

    Mécaniques

    Twine offrait des moyens de communiquer sur ce qu’était la dépression. En voici quelques extraits :

    Discussion entre deux personnes imitant le style d'une application de messagerie instantanée avec des bulles bleues et grises sur fond blanc. Retranscription du dialogue entre le joueur et la joueuse et sa sœur fictive dans le jeu.
    Les messages apparaissent un à un comme si on avait une véritable discussion. On peut cliquer sur le « Bien et toi ? et le « Rien de ouf » pour réveler d’autres textes. Ces derniers représentent comment on se sent vraiment, et ce qu’on tait pour ne pas ennuyer les autres.
    Représentation d'une TODO list à cocher. Le fond du jeu est gris pour représenter le moral du personnage fictif.
    Une liste de tâches à faire. Mais peut-être n’arriverez-vous pas à toutes les cocher car vous n’en avez pas la force.
    Le fond du jeu est devenu un dégradé qui va du gris au noir afin d'illustrer le moral qui devient de plus en plus sombre. Il faut cliquer en boucle sur le texte "Ça ira mieux demain" pour faire apparaître l'histoire par bout et finalement sortir de ce passage.
    Il faut cliquer sur « Ça ira mieux demain » en boucle pour faire apparaître l’histoire paragraphe par paragraphe. Plus ça va, plus la page s’étire vers le bas, avec un fond de plus en plus sombre, pour représenter le moral. À force de cliquer sur « Ça ira mieux demain », on finit par sortir de cette page.

    Clin d’œil

    Le titre s’est imposé assez vite. Partie comme une partie à gagner (contre la dépression), mais aussi pour évoquer un risque, une réalité plus triste, « elle est partie ». Le point-virgule est une allusion au Project Semicolon, pas l’association (que je ne connaissais pas avant de re-checker la page Wikipédia pour rédiger cet article), mais au symbole d’espoir que j’avais découvert plus tôt.

    Conclusion

    Cette première FI a été très bénéfique. Tout d’abord, elle m’a permis de communiquer sur quelque chose de difficile à formuler, car tabou, car épuisant.
    Ensuite, elle m’a ouvert les portes de tout un monde de lecture et de création. Si je n’avais pas testé Twine à ce moment ni créé ce premier jeu narratif, je n’aurais jamais produit Silence, puis les évaporés, je n’aurais jamais participé et gagné ces concours, je ne me serai probablement pas autant remise à écrire (gagner des concours, ça booste quand même bien le moral et ça encourage à perséverer).
    Twine a été une sacrée découverte pour moi et m’a permis de faire du dev dans un contexte créatif, voire artistique. Il mêle deux passions et c’est sans doute pour ça que cet outil marche si bien pour moi.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +
  • TL;DR : Deux salles deux ambiances. Voici un billet qui était resté dans un coin de mon disque dur depuis quatre ans. Je me suis rendu à un festival de science-fiction en 2019, très enthousiaste quant au programme. Y figurait notamment une table ronde où l’objectif était de se demander…

    TL;DR : Deux salles deux ambiances.

    Voici un billet qui était resté dans un coin de mon disque dur depuis quatre ans.

    Je me suis rendu à un festival de science-fiction en 2019, très enthousiaste quant au programme. Y figurait notamment une table ronde où l’objectif était de se demander si la SFF pouvait apporter un nouveau regard politique. Les trois personnes invitées étaient toutes des écrivaines. Oui, trois femmes sur trois invitées ! Blanches, cis et originaires de pays occidentaux. Précisions qui auront par la suite de l’importance.

    La table avait bien commencé. Elles ont évoqué l’importance d’avoir de la réprésentation, en quoi montrer des catégories peu, voire jamais, représentées en SFF est politique. Mais la discussion a vite bouclé pendant de longues dizaines de minutes sur l’importance d’inclure des personnages féminins, queer et racisés.

    Des personnages, ok. Mais et les auteurices alors ?

    (D’ailleurs ça m’a rappelé ces studios de JV qui se disent inclusifs parce qu’il y a un perso féminin et un perso non-blanc dans leur dernier jeu mais que l’équipe est homogène au possible, et qu’ils n’arrivent pas à garder les développeuses et créatrices, on se demande bien pourquoi. Bref.)

    Est venu le temps réservé aux questions.
    Un spectateur est intervenu et a gardé la parole assez longtemps. Un échange de plus en plus tendu s’est tenu entre lui et les trois autrices. Une jeune femme, à côté de nous, se tourne et nos regards se croisent. On se sait. Elle dit que certains lecteurs masculins l’exaspèrent et qu’il faut bien avoir des personnages féminins, ne pas toujours parler de combats et de quêtes héroïques (sur ce quoi on tombe d’accord, bien entendu).

    Une fois le débat clos, les trois autrices ont fini par conclure que la science-fiction pouvait être politique, en représentant des personnages plus divers, mais que ce n’était pas vraiment politique quand même.

    Attends ? Pas vraiment politique quand même ?

    Et attends quoi ? Apporter un nouveau regard politique se cantonnerait seulement à la représentation de la diversité ? De sucroît par le biais de personnages fictifs ? Fictifs.

    En début d’après-midi, avait lieu une autre table ronde sur la SF chinoise avec des auteurices invitées d’origine chinoise.

    L’un d’eux a expliqué à quel point la SFF pouvait être politique, que c’était un genre extrêmement important en Chine car permettant de dénoncer à la manière des fables, par exemple. Écrire une critique sur le système, le pouvoir, etc, sans utiliser ce genre serait risqué. Il a même dit qu’on pouvait “disparaître soudainement”.
    J’ai passé la séance à côté d’un jeune homme qui n’a fait que ricaner sur la prononciations des auteurs et à se moquer tout le long. Il n’était pas le seul.

    Ces deux auteurices, j’aurais aimé les voir à l’autre table ronde.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    +










    +
  • TL;DR : message(s) et limites de l’œuvre, marre des dystopies, les écolos et la classe sociale, le prompt art c’est pas de l’art, mixer l’infosec et l’écriture c’est cool. Les évaporés est une œuvre interactive qui emprunte aux codes des ARG (Alternate Reality Games) mais aussi à ceux des CTF*…

    Menu des évaporés version Twine. La page a un fond dégradé allant du rouge-rose au vert foncé. Le texte est blanc avec un effet halo de lumière qui lui donne l'impression de briller.

    TL;DR : message(s) et limites de l’œuvre, marre des dystopies, les écolos et la classe sociale, le prompt art c’est pas de l’art, mixer l’infosec et l’écriture c’est cool.

    Les évaporés est une œuvre interactive qui emprunte aux codes des ARG (Alternate Reality Games) mais aussi à ceux des CTF* (Capture The Flag), avec la volonté d’être accessible à un public non-initié.
    L’histoire est délivrée par le biais d’un jeu de piste en ligne. Les joueurs-lecteurs découvrent l’intrigue petit à petit en explorant divers réseaux sociaux.

    Image de couverture des évaporés. Le titre, "Les évaporés", est écrit en blanc sur fond vert d'eau. La police utilisée est ronde dans le but de donner une impression d'écriture manuelle, et est entourée d'un halo qui lui donne un effet brillant.
    👁️ Découvrir l’œuvre
    Page d'accueil du CTF les évaporés
    Version CTFd des évaporés accessible à evapores.fr

    *Les CTF sont des compétitions en sécurité informatique composée la plupart du temps de challenges à résoudre en trouvant un « flag » (celui-ci peut, par exemple, être une suite de caractères cachée dans un fichier). Ces événements sont éphémères, traditionnellement gratuits, et à visée à la fois ludique et pédagogique. Ils permettent de se creuser la tête et d’apprendre de nouvelles compétences en cybersécurité. Les évaporés fait découvrir par la gamification des techniques basiques utilisées en investigation en sources ouvertes sur internet. Toutefois, son but est d’être avant tout un récit et non une compétition technique.

    Pourquoi avoir participé au concours de la nouvelle plurilingue de l’Inalco ?

    Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un des rares évènements mettant en avant la littérature numérique. C’est un format propice à la mise en valeur du plurilinguisme par les effets visuels qu’il rend possibles (exemples : traduction par survol de la souris, remplacement d’un texte par un autre au bout d’un temps limité, etc.).

    Ensuite, parce que le thème est un sujet important et qu’une idée de scénario a germé (hehe) assez vite en lisant l’appel à textes.

    Le(s) message(s) de l’œuvre

    Le concours imposait de traiter le thème de l’écologie.

    L’envie qui s’est immédiatement imposée était celle de parler de classe sociale, sujet trop souvent absent des discours écolos, et par extension, d’être une minorité au sein de ces mouvements.
    Je repense à toutes ces personnes qui m’ont pris la tête pour avoir confondu les poubelles de tri alors qu’elles partaient en vacances en avion chaque année, ce qui n’est pas mon cas. Environ 30% des français n’ont pas pris l’avion dans leur vie. Ou encore, de ne pas vouloir comprendre, quand on est parisien et que le métro suffit à ne pas polluer davantage, que tout le monde ne peut pas faire tous ses trajets (travail, courses, etc) en vélo.
    En bref, ne pas vouloir comprendre la réalité des autres, se venter d’être écolo, non pas par réel souci pour la cause, mais pour avoir l’air d’une « bonne personne ». Attention : ce n’est pas le cas de toutes les personnes se disant écolos.

    Voir la brochure Votre écologie n’est pas la nôtre – sur le racisme des mouvements écolos

    Cependant, il est délicat de parler de ces dynamiques – ou en tout cas, je trouve ça délicat de peur de froisser le public. De plus, le contenu des évaporés relève du témoignage et non de l’essai. Ce vécu a donc été délivré par la voix d’un personnage fictif. Le lectorat, jouant le rôle d’un enquêteur, avait pour but de le retrouver, donc était incité à le comprendre.

    Le cyberpunk est un genre très connu. Pour changer de la dystopie, je voulais faire découvrir le solarpunk et le hopepunk. Il y a un peu cette idée de : « On a déjà perdu. Maintenant, il faut penser l’après ». Sans être naïf, ne pas être pessimiste.

    Oui, les doomers et les bandeurs de collapsologie m’énervent.
    J’ai l’impression que c’est aussi toujours le même genre de profil qui fantasme sur l’effondrement et l’apocalypse, ou encore le soulèvement des machines. C’est ce que j’avais essayé de dire avec Silence : « Ce qui est une dystopie pour les uns est une réalité pour les autres ».

    Quelle a été la manière de procéder ?

    Concernant l’écriture, la première phase, et la plus importante, est de clarifier dans sa propre tête ce que l’on veut dire. La procédure n’a rien d’extraordinaire. Elle consiste à réfléchir beaucoup et à dialoguer avec les personnages, comme pour faire leur connaissance. Que veut-elle ? Que veut Mara et pourquoi fait-elle cela ?
    L’histoire était ici courte et ne nécessitait pas de chronologie ni de recherches poussées pour construire l’univers.

    Graph Twine des évaporés
    Structure Twine des évaporés

    L’autre phase importante qui se déroule en parallèle de l’écriture est le prototypage du jeu. Le choix de la palette de couleurs est je-ne-sais-pas-pourquoi déterminant et se fait dès le début. Je dev aussi des tests d’effets visuels dont beaucoup ne seront pas utilisés.

    Menu des évaporés version Twine

    Côté inspiration, au moment où je développais les évaporés, je jouais à Stray et j’aimais beaucoup les boîtes de dialogue de B-12, que ce soit par l’effet de typing, que sa voix robotique. Au départ, j’avais envie d’avoir un petit drone qui servirait d’interlocuteur mais cette idée fut abandonnée, faute de compétences techniques suffisantes.

    Extrait de Stray avec une boîte de dialogue
    On en retrouve un peu l’esprit

    Ainsi, la première version des évaporés est une fiction interactive à lire dans un navigateur créée avec Twine.
    Souhaitant proposer une expérience où plusieurs joueurs pouvaient participer en même temps, le format du CTF est rapidement apparu comme une bonne alternative. De plus, il y avait le souhait de faire découvrir les CTF et l’OSINT au grand public parce que j’aime beaucoup les deux. 🙂

    Pour le prototype, les illustrations ont été générées avec MidJourney. Cependant, elles n’étaient pas censées être utilisées pour le rendu final. J’en parle plus bas dans les limites de l’œuvre.

    Les limites de l’œuvre

    Par manque de temps, je n’ai pas pu redessiner les illustrations générées avec MidJourney. Je les referai plus tard mais cela reste malgré tout un grand regret de n’avoir pas pu le faire à temps pour la sortie des évaporés.
    En effet, en l’état actuel des choses, je ne considère pas qu’écrire des prompts soit de l’art. Toutefois, mon avis pourrait évoluer si les artistes ne se faisaient plus voler leur travail sans leur consentement.
    Précisons aussi que je ne situe pas la rédaction de prompts au même niveau que de savoir développer et utiliser un modèle de génération de texte. Ça m’intéresserait personnellement beaucoup de tester le style transfer en utilisant mes propres textes pour en générer de nouveaux (mais ah le manque de temps). L’IA reste un outil. Un outil peut être bien ou mal utilisé.

    Pour moi, l’AI art est plutôt représenté par des artistes comme Sougwen Chung (un autre article sur sa démarche ici), Mimi Onuoha ou Stephanie Dinkins.

    À part ça, je me suis beaucoup retenue sur mon propos quant aux mouvements écolos, encore une fois, pour ne pas froisser le public.

    J’aurais beaucoup aimé travailler avec une équipe plus large afin de proposer une expérience plus poussée techniquement. On aurait aussi pu avoir des actrices et des acteurs, faire des audios et vidéos. Peut-être une prochaine fois.

    Conclusion

    On est très content d’avoir réussir à sortir les évaporés et qu’elle ait été récompensée. Elle mixe plusieurs passions : la sécurité informatique, le dev, l’écriture et la narration sur internet.

    Les évaporés résumé en une phrase :

    « On a déjà perdu. Maintenant, il faut penser l’après. »

    4 réponses à “Les évaporés”

    1. J’ai beaucoup aimé jouer au détective et je suis impressionnée par toute la construction que vous avez dû faire pour avoir un contexte cohérent avec une réelle impression de fouiller et de découvrir la vie d’une vraie personne. Bravo !

    2. Votre blog était très intéressant, et connaissant de loin le système d’ARG, j’ai vite été séduite. L’histoire de Mara est touchante. Politiquement, je pense jeter un coup d’œil à son livre préféré ainsi qu’au solarpunk – j’ai vraiment été séduite. J’ai malgré tout tapé « Oui » quand il a fallu faire le choix final : une famille peut se réconcilier lorsque les seuls problèmes semblent être des soucis de communication plutôt simples. Il n’y a rien de fatal dans cette histoire.

      Cependant, moi qui me croyais pas si mauvaise en manipulation informatique, je suis tombée des nues. Il m’a fallu cliquer sur tous les indices pour résoudre les énigmes : je n’avais pas accès aux commentaires Tumblr, n’ayant pas de compte, je ne connaissais pas Forensics (le site à images), si bien que même si j’avais tout de suite eu la date demandée, je n’ai toujours pas compris comment j’aurais pu pécher « nantes » dans tout ça. L’ARG n’est pas mauvais : je trouve simplement que le.s créateur.ice.s s’attendai.en.t à ce que l’explorateur de base ait des connaissances (et des moyens !) que je n’avais pas forcément. Les informations demandées étaient cohérentes et convaincantes (même si, pour parler de sécurité internet, trouver plusieurs mdp en ligne n’est pas la meilleure méthode).

      L’écriture (littéralement) était fluide et agréable à lire, j’ai beaucoup apprécié. La DA du blog est attirante tout en étant simple. Très, très prometteur. A noter que je vous ai découvert.e grâce au concours Inalco de cette année.

      Hâte de vous revoir,
      Chat

      1. Merci beaucoup pour vos retours dont je prends bonne note ! Ravie de voir que ça vous a parlé et bonne chance pour le concours Inalco si vous participez !

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *