La SFF est-elle politique ?

TL;DR : Deux salles deux ambiances.

Voici un billet qui était resté dans un coin de mon disque dur depuis quatre ans.

Je me suis rendu à un festival de science-fiction en 2019, très enthousiaste quant au programme. Y figurait notamment une table ronde où l’objectif était de se demander si la SFF pouvait apporter un nouveau regard politique. Les trois personnes invitées étaient toutes des écrivaines. Oui, trois femmes sur trois invitées ! Blanches, cis et originaires de pays occidentaux. Précisions qui auront par la suite de l’importance.

La table avait bien commencé. Elles ont évoqué l’importance d’avoir de la réprésentation, en quoi montrer des catégories peu, voire jamais, représentées en SFF est politique. Mais la discussion a vite bouclé pendant de longues dizaines de minutes sur l’importance d’inclure des personnages féminins, queer et racisés.

Des personnages, ok. Mais et les auteurices alors ?

(D’ailleurs ça m’a rappelé ces studios de JV qui se disent inclusifs parce qu’il y a un perso féminin et un perso non-blanc dans leur dernier jeu mais que l’équipe est homogène au possible, et qu’ils n’arrivent pas à garder les développeuses et créatrices, on se demande bien pourquoi. Bref.)

Est venu le temps réservé aux questions.
Un spectateur est intervenu et a gardé la parole assez longtemps. Un échange de plus en plus tendu s’est tenu entre lui et les trois autrices. Une jeune femme, à côté de nous, se tourne et nos regards se croisent. On se sait. Elle dit que certains lecteurs masculins l’exaspèrent et qu’il faut bien avoir des personnages féminins, ne pas toujours parler de combats et de quêtes héroïques (sur ce quoi on tombe d’accord, bien entendu).

Une fois le débat clos, les trois autrices ont fini par conclure que la science-fiction pouvait être politique, en représentant des personnages plus divers, mais que ce n’était pas vraiment politique quand même.

Attends ? Pas vraiment politique quand même ?

Et attends quoi ? Apporter un nouveau regard politique se cantonnerait seulement à la représentation de la diversité ? De sucroît par le biais de personnages fictifs ? Fictifs.

En début d’après-midi, avait lieu une autre table ronde sur la SF chinoise avec des auteurices invitées d’origine chinoise.

L’un d’eux a expliqué à quel point la SFF pouvait être politique, que c’était un genre extrêmement important en Chine car permettant de dénoncer à la manière des fables, par exemple. Écrire une critique sur le système, le pouvoir, etc, sans utiliser ce genre serait risqué. Il a même dit qu’on pouvait “disparaître soudainement”.
J’ai passé la séance à côté d’un jeune homme qui n’a fait que ricaner sur la prononciations des auteurs et à se moquer tout le long. Il n’était pas le seul.

Ces deux auteurices, j’aurais aimé les voir à l’autre table ronde.

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